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Page:Mercure de France, t. 76, n° 276, 16 décembre 1908.djvu/9

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LA DOCTRINE OFFICIELLE DE L’UNIVERSITÉ 579
avec celles du catholicisme, sont restées ignorées du grand public.
Et cependant il n’est pas nécessaire de s’adresser à des philosophes ou à des penseurs de profession, à des hommes dont c’est le métier de réfléchir aux principes et aux conditions de la discipline intellectuelle, pour rencontrer l’expression d’antipathies vivaces et comme instinctives contre ce qu’on sent être les inspirations profondes de l’enseignement universitaire.
Parlez dans un cercle de personnes cultivées, dont la formation n’ait pas été exclusivement universitaire, de l’esprit de l’Université, de son empreinte, de ses idées, de ses préjugés, de ses dogmes. La plupart admettront, par expérience, que vous parlez d’une chose réelle, et d’une chose qui n’est ni belle, ni sage, ni harmonieuse, ni lumineuse, ni aimable.
Mais cette chose, elles seraient incapables de la définir. On sent qu’elle est immense, envahissante, de nature à imprégner fâcheusement, à déformer la pensée tout entière et jusqu’aux parties supérieures de la sensibilité. On n’en saurait définir l’essence, moins encore la provenance et la genèse. Des défenseurs, des apologistes de l’esprit et des tendances intellectuelles de l’Université, en revanche, vous n’en rencontrerez pas, surtout parmi les universitaires. Mais vous trouverez des gens qui nient l’existence de ce dont vous parlez et qui vous reprocheront de construire sous ces noms divers une entité verbale à laquelle aucun fait ne correspond. Ceux-là croiront défendre l’Université de la meilleure manière sous le rapport où vous l’attaquez. Les universitaires orthodoxes (je dis orthodoxes, parce qu’il y a, dans ce clergé, grand nombre d’hérétiques ou de demi-hérétiques, d’ailleurs hors d’état, nous verrons pourquoi, de le révolutionner) tiennent non seulement pour une illusion puérile, mais pour un outrage et une injure à leur adresse que de parler d’une orthodoxie, d’une doctrine régnante de l’Université ! « La doctrine de l’Université, disent-ils, est inattaquable ; car elle n’existe point et ne saurait légitimement exister. Doctrinalement parlant, il n’y a pas d’Université, il n’y a que des universitaires. Le dogme de l’Université est de n’en point avoir. Autonomie entière quant au fond et aux inspirations de l’enseignement pour chacun de ses membres, voilà son principe fondamental !"