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commençait prophétiquement ainsi : Nous pouvons espérer que dans deux cents ans… Brusquement, mon travail en restait là ; je me rappelai l’incapacité où je m’étais trouvé de fixer mon esprit, ce matin d’il y avait à peine un mois, et avec quel plaisir je m’étais interrompu pour aller recevoir la Daily Chronicle des mains du petit porteur de journaux. Je me souvins que j’étais allé au-devant de lui jusqu’à la grille du jardin, et que j’avais écouté avec une surprise incrédule son étrange histoire des « hommes tombés de Mars ».

Je redescendis dans la salle à manger, j’y retrouvai, tels que l’artilleur et moi les avions laissés, le gigot et le pain en fort mauvais état, et une bouteille de bière renversée. Mon foyer était désolé. Je compris combien était fou le faible espoir que j’avais si longtemps caressé. Alors, quelque chose d’étrange se produisit.

« C’est inutile, disait une voix ; la maison est vide – depuis plus de dix jours sans doute. Ne restez pas là à vous torturer. Vous seule avez échappé. »

J’étais frappé de stupeur. Avais-je pensé tout haut ? Je me retournai. Derrière moi, la porte-fenêtre était restée ouverte et, m’approchant, je regardai au-dehors.

Là, stupéfaits et effrayés, autant que je l’étais moi-même, je vis mon cousin et ma femme – ma femme livide et les yeux sans larmes. Elle poussa un cri étouffé.

« Je suis venue, dit-elle… Je savais… Je savais bien… »

Elle porta la main à sa gorge et chancela. Je fis un pas en avant et la reçus dans mes bras.