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taverne, où je trouvai à boire et à manger. Lorsque j’eus mangé, je me sentis très las et, pénétrant dans un petit salon, derrière la salle commune, je m’étendis sur un sofa de moleskine et m’endormis.

Lorsque je m’éveillai, la lugubre lamentation retentissait encore à mes oreilles. La nuit tombait et, muni de quelques biscuits et de fromage – il y avait un garde-viande, mais il ne contenait plus que des vers – je traversai les places silencieuses, bordées de beaux hôtels, jusqu’à Baker Street et je débouchai enfin dans Regent’s Park. De l’extrémité de Baker Street, je vis, par-dessus les arbres, dans la sérénité du couchant, le capuchon d’un géant Martien, et de là semblait sortir cette lamentation. Je ne ressentis aucune terreur. Le voir là, me paraissait la chose la plus simple du monde, et pendant un moment je l’observai sans qu’il fît le moindre mouvement. Rigide et droit, il hurlait sans que je pusse voir pour quelle cause.

J’essayai de combiner un plan d’action. Ce bruit perpétuel : « Oulla, oulla, oulla », emplissait mon esprit de confusion. Peut-être étais-je trop las pour être vraiment effrayé. À coup sûr, j’éprouvais, plutôt qu’une réelle peur, une grande curiosité de connaître la raison de ce cri monotone. Voulant contourner le parc, j’avançai au long de Park Road, sous l’abri des terrasses, et j’arrivai bientôt en vue du Martien stationnaire et hurlant. Tout à coup, j’entendis un chœur d’aboiements furieux, et je vis bientôt accourir vers moi un chien qui avait à la gueule un morceau de viande en putréfaction et que poursuivaient une bande de roquets affamés. Il fit un brusque écart pour m’éviter, comme s’il eût craint que je fusse un nouveau compétiteur. À mesure que les aboiements