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L’artilleur se mit à parler de l’espèce de monde qui était restée dans Londres.

« Une nuit de la semaine dernière, dit-il, quelques imbéciles réussirent à rétablir la lumière électrique dans Regent Street et Piccadilly, où se pressa bientôt une multitude d’ivrognes en haillons, hommes et femmes, qui dansèrent et hurlèrent jusqu’à l’aurore. Quelqu’un qui s’y trouvait m’a conté la chose. Quand le jour parut, ils aperçurent une machine de combat martienne qui, toute droite dans l’ombre, les observait avec curiosité. Sans doute elle était là depuis fort longtemps. Elle s’avança alors au milieu d’eux et en captura une centaine trop ivres ou trop effrayés pour s’enfuir. »

Incidents burlesques et tragiques d’une époque troublée qu’aucun historien ne pourra relater fidèlement !

Par une suite de questions, je le ramenai à ses plans grandioses. Son enthousiasme le reprit. Il exposa, avec tant d’éloquence, la possibilité de capturer une machine de combat que cette fois encore je le crus à moitié. Mais je commençais à connaître la qualité de son courage, et je comprenais maintenant pourquoi il attachait tant d’importance à ne rien faire précipitamment. D’ailleurs, il n’était plus du tout question qu’il dût s’emparer personnellement de la grande machine et s’en servir lui-même pour combattre les Martiens.

Bientôt, nous redescendîmes dans la cave. Nous ne paraissions disposés ni l’un ni l’autre à reprendre notre travail et, quand il proposa de faire la collation, j’acceptai sans hésiter. Il devint soudain très généreux ; puis le repas terminé, il sortit et revint quelques moments après avec d’excellents cigares. Nous en allumâmes chacun un et son