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avaient habité ce monde. Histoire de France aussi, vous m’avez sauvé la vie.


C’est à cette époque qu’une vieille mendiante avec son enfant passa devant notre maison. C’était une vieille femme, habitant à quelques lieues de là qui, tous les mois, venait dans notre petite ville où les riches bourgeois avaient l’habitude de lui faire des dons. On la voyait passer, tenant son panier d’une main et son enfant de l’autre main. Son panier contenait les choses de sa vie : des œufs, des légumes, du vin et son porte-monnaie, et son enfant contenait tout son bonheur. Chaque mois on la voyait passer avec ses vêtements propres, son bonnet blanc et son visage couleur de grand air. Elle habitait, sur la lisière d’un bois, une petite cabane qu’entouraient les champs jaunes du Berry et la forêt profonde de mon pays. Mais jamais on ne l’avait aperçue dans sa cabane. Les gens en passant disaient : C’est ici la maison de la mère Henri, et les contrevents étaient fermés, et la porte barrée. Voyages de vieilles mendiantes, voyages souvent lointains de celles dont la besogne est par les routes ! Les voyages forment l’esprit, car on récolte dans les champs, dans les maisons et sur les chemins presque toutes les connaissances de la vie. C’est ainsi que la mère Henri apprit à faire, avec des plantes, une eau que l’on appelle l’eau rouge et qui soulage de toutes sortes de maux. Elle guérissait aussi de la « loubée ». Je n’ai jamais su ce que c’était que la « loubée », mais la mère Henri guérissait de la « loubée ». Si elle avait été plus vieille, solitaire et sale, on aurait cru qu’elle était