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fines bordures de bouquets bleus.

Et je répétais machinalement les tristes vers de la dernière pièce d’un dernier livre :


J’adore à présent l’héritière
Du vieux fossoyeur aux bras noirs,
Je suis fidèle tous les soirs
Au rendez-vous du cimetière.


Toc, toc, toc, on entend le bruit
Du vieux qui bêche dans la nuit.
............
............


Un jour, bientôt, quand ? je l’ignore,
À quatre pas de ta maison,
J’irai dormir sous le gazon.
Que tu seras charmante encore !
............



Les journaux locaux viennent d’annoncer que l’inauguration du monument aura lieu le 24 de ce mois. Espérons que cette nouvelle sera démentie et qu’on fixera une date plus éloignée. En précipitant ainsi cette cérémonie qui pourrait attirer devant le buste du poète disparu tous les poètes jeunes et vieux de la France actuelle : Banville, Coppée, Silvestre, Mendès, Bourget, etc., on s’exposerait à n’avoir, ce jour-là, autour du monument que les Rouennais lettrés, peu nombreux, et les amis particuliers de l’écrivain, ce qui serait insuffisant.

guy de maupassant