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tant la misère des choses et des êtres sans se révolter ou s’indigner. Il donne bien toute sa note si personnelle dans ces chefs-d’œuvre qui s’appellent l’Abandonnée, le Gentilhomme de la steppe, Trois Rencontres, le Roi Lear de la steppe, le Journal d’un homme de trop.

Il était, en littérature, dans les idées les plus modernes et les plus avancées, estimant que le romancier, n’ayant d’autre modèle que la vie, ne doit dépeindre que la vie telle qu’elle est, sans combinaisons ni aventures extraordinaires. Ce qu’on appelle l’intrigue dans un roman l’indignait, car il ne comprenait pas comment des gens peuvent être d’esprit assez naïf pour s’intéresser à des événements privés de vraisemblance.

Il adorait cependant les poètes dont l’art, au contraire, consiste à nous nourrir de visions et d’illusions. Il mettait au