Page:Maupassant - Chine et Japon, paru dans Le Gaulois, 3 décembre 1880.djvu/3

Cette page a été validée par deux contributeurs.


France, autrefois, n’existent plus qu’à l’état d’« antiquités » ; et Paris lui-même ne produit guère aujourd’hui que des menus objets hideux, maniérés, peinturlurés. Pourquoi ? dira-t-on. Ah ! pourquoi ? Cela tient sans doute à ce que le fabricant produit ce qui se vend, répond toujours au goût du plus grand nombre d’acheteurs. Or, l’ascension continue des couches nouvelles amène sans cesse à la surface un flot de populaire travailleur, mais peu artiste. Une fois la fortune faite, on se meuble, et le goût, ce flair des races fines, manquant totalement à notre société utilitaire et lourdaude, on voit s’étaler en des salons millionnaires une foule d’objets à faire crier, toute la hideur d’ornementation qui séduit infailliblement les sauvages et les parvenus d’hier, dont les descendants seuls, dans un siècle ou deux, auront acquis la finesse nécessaire pour distinguer, pour comprendre la grâce exquise des petites choses.