Page:Maupassant - À propos du divorce, paru dans Le Gaulois, 27 juin 1882.djvu/3

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Le mot est faux ; mais il a porté sur beaucoup de lecteurs, parce que le sentiment est juste ; parce que la première impression de l’amant qui vient de triompher est une sorte de vague mépris pour celle qui s’est abandonnée à lui.

Inexplicable, incompréhensible, illogique, révoltante même, cette mésestime immédiate de la femme possédée est cependant indéniable. Bien des hommes se l’avoueront à peine à eux-mêmes et la nieront énergiquement en public ; beaucoup d’amants sensés la combattront en leur cœur, mais aucun n’échappera à ce rapide effleurement de dédain, à cette fine et soudaine piqûre.

Or, cet étrange sentiment à l’égard d’un être à qui nous devons, au contraire, tous nos sentiments de reconnaissance passionnée et dévote, n’existera-t-il pas plus violent encore envers celle qui aura dormi longtemps dans les bras d’un autre homme ?

Et les veuves ? dira-t-on.

C’est différent. Le précédent possesseur n’existe plus. Puis, épouser une veuve, n’est-ce pas un peu considéré chez nous comme un mariage d’occasion, comme l’achat d’une marchandise légèrement défraîchie ?

Toutes nos subtiles susceptibilités