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ter ses exploits à la guerre ou à la chasse, chacun renchérira avec une faconde intarissable, en rappelant les scènes passées de carnage et de rapine et déplorera, à qui mieux, les mœurs efféminées d’aujourd’hui.

Aux branches des pins rameux où pisotent les étourneaux pendent, en festons plus ou moins symétriques, des bandes d’escarlatine.

C’est fête dans la tribu, la fête des aïeux !

Déjà font cercle les enfants curieux qui, tantôt, malgré le sacacoua ou chahut, tomberont de sommeil. Ici et là, des feux s’allument, car l’obscurité est venue, détachant, comme des fûts de colonnes de quelque temple païen, les troncs lisses des merisiers et des bouleaux luisants et polis comme du Carrare. Pendant que les quartiers de caribous rissolent aux brasiers, écoutons bucciner le sked8a8asino.

Lentement, solennellement, ménageant l’effet dramatique, il s’avance, murmurant ou grommelant quelque rite inintelligible. Il passe pour s’entretenir avec les esprits et, certes, sa mimique n’est pas pour discréter ces bruits.

Après quelques incantations qu’on écoute dans le plus religieux silence, l’homme de médecine paraît entrer dans une sorte de transfiguration extatique. Son langage, jusque là nébuleux et incompréhensible, se précise, ses métaphores s’élaguent de la gangue verbeuse, la parabole devient moins diffuse et, pour l’auditoire attentif, la harangue parait claire comme de l’eau de roche.

Le sked8a8asino a enfin trouvé le fil : il évoque le souvenir des anciens, des chefs partis pour le skempi ou les champs Élysées des chasses sans fin. Il raconte que les guerriers courageux ont