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la lutte des classes en france

de plus en plus. Enfin, le produit net diminue proportionnellement à l’augmentation de la consommation brute. La famille du paysan tout entière se voit interdire par sa propriété même toute autre occupation et cependant la terre ne peut plus la nourrir.

Ainsi donc, la population et, avec elle, la division du sol augmentant, le moyen de production, la terre, s’élève de prix, sa fertilité diminue en proportion : l’agriculture périclite et le paysan s’endette dans la même mesure. Ce qui était effet devient cause à son tour, Chaque génération laisse l’autre plus endettée. Chaque génération débute dans des conditions plus défavorables et plus dures. L’hypothèque donne naissance à l’hypothèque, et quand le paysan ne peut plus offrir sa parcelle en nantissement de nouvelles dettes, ne peut plus la charger de nouvelles hypothèques, il devient directement la proie de l’usure et les intérêts usuraires se font de plus en plus énormes.

Il arriva donc que le paysan français, sous forme d’intérêts pour les hypothèques prises sur sa terre, sous forme d’intérêts pour les avances sans hypothèques des usuriers, abandonna au capitaliste, non seulement une rente, non seulement le profit industriel, bref, non seulement tout le bénéfice net, mais encore une partie du salaire. Il tomba dans la condition du tenancier irlandais et tout cela sous le prétexte d’être propriétaire privé.

Ce procès fut accéléré en France par l’accroisse-