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ESSAI SUR LA LANGUE DE LA FONTAINE

verbe semondre ; sermonner n’aurait quelque analogie qu’avec semoncer, qui, de nos jours, signifie seulement faire une réprimande.

La prétendue identité de semonneur et de sermonneur ne repose de même que sur une équivoque ; il n’y a nul rapport entre un faiseur de sermons et un sergent ou un distributeur de billets d’enterrement, d’invitations, et ces sens sont pourtant les seuls que semonneur paraisse avoir eus ; rien n’indique qu’il ait jamais signifié celui qui fait des réprimandes.

Enfin, nous n’essayerons pas d’expliquer le changement de sub en se ; mais il suffit de rapprocher succulere et secouer, succurrere et secourir, subjornare, sejornare et séjourner, pour se convaincre que c’est là un fait assez ordinaire.

M. Géruzez propose une autre étymologie, il tire semondre de seorsum monere. Par ce moyen, on a les mêmes lettres initiales ; il ne s’agit plus que de supprimer orsum. M. Lorin a également choisi ce parti, mais il ne nous a pas expliqué comment la suppression s’opère ; il s’est contenté de copier presque textuellement la note de M. Géruzez, sans en indiquer l’origine.

Non seulement La Fontaine emploie, comme nous venons de le voir, les termes de droit dans le langage de la galanterie, mais il s’en sert parfois d’une manière fort heureuse dans les sujets les plus graves.

L’ange rassemblera les débris de nos corps ;
Il les ira citer au fond de leur asile[1].

Ma prière parvint aux temples étoiles,
Parut devant sa face, et fut entérinée[2].

On chercherait vainement ces acceptions figurées dans les Dictionnaires ; du reste, il serait injuste de se

  1. Ode VI, 8.
  2. Ode V, 28.