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O Asklêpios, sois-moi propice, ô dieu de la santé divine, le jour où l’éternelle nuit noire menacera mes yeux effrayés ; car le poison de ma beauté, un jour, a servi de remède.

On m’avait mandée en costume dans la chambre d’un jeune homme que les femmes ne tentaient point. Des caleçons crevés se collaient à mes cuisses, et mes seins jaillissaient nus d’une brassière brodée d’or.

J’ai dansé selon le rite au son des crotales, les douze désirs d’Aphroditê. Et voici que l’amour est entré en lui tout à coup, et sur le lit de sa virginité j’ai recommencé toute la danse.

« Tu sais te faire aimer, disait-il, mais tu n’en es pas émue. Que faut-il faire pour que tu m’aimes ? » Je le regardai plus loin que les yeux et je lui dis avec lenteur : « T’imaginer que tu es femme. »