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vu ses bras ni ses épaules, et jamais elle ne se montrait dans la piscine des bains publics. Mais un jour il se passa une chose extraordinaire. C’était le jour des fêtes d’Eleusis ; vingt mille personnes, venues de tous les pays de la Grèce, étaient assemblées sur la plage, quand Phryné s’avança près des vagues : elle ôta son vêtement, elle défit sa ceinture, elle ôta même sa tunique de dessous, « elle déroula tous ses cheveux et elle entra dans la mer ». Et dans cette foule il y avait Praxitèle qui d’après cette déesse vivante dessina l’Aphrodite de Cnide ; et Apelle qui entrevit la forme de son Anadyomène. Peuple admirable, devant qui la Beauté pouvait paraître nue sans exciter le rire ni la fausse honte !

Je voudrais que cette histoire fût celle de Bilitis, car, en traduisant ses Chansons, je me suis pris à aimer l’amie de Mnasidika. Sans doute sa vie fut tout aussi merveil-