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Elle est sortie, elle est loin, mais je la vois, car tout est plein d’elle dans cette chambre, tout lui appartient, et moi comme le reste.

Ce lit encore tiède où je laisse errer ma bouche, est foulé à la mesure de son corps. Dans ce coussin tendre a dormi sa petite tête enveloppée de cheveux.

Ce bassin est celui où elle s’est lavée ; ce peigne a pénétré les nœuds de sa chevelure emmêlée. Ces pantoufles prirent ses pieds nus. Ces poches de gaze continrent ses seins.

Mais ce que je n’ose toucher du doigt, c’est ce miroir où elle a vu ses meurtrissures toutes chaudes, et où subsiste peut-être encore le reflet de ses lèvres mouillées.