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Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 2.djvu/23

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PAROLES MATERNELLES


Ma mère me baigne dans l’obscurité, elle m’habille au grand soleil et me coiffe dans la lumière ; mais si je sors au clair de lune, elle serre ma ceinture et fait un double nœud.


Elle me dit : « Joue avec les vierges, danse avec les petits enfants ; ne regarde pas par la fenêtre ; fuis la parole des jeunes hommes et redoute le conseil des veuves.


« Un soir, quelqu’un, comme pour toutes, te viendra prendre au milieu d’un grand cortège de tympanons sonores et de flûtes amoureuses.


« Ce soir-là, quand tu t’en iras, Bilitô, tu me laisseras trois gourdes de fiel : une pour le matin, une pour le midi, et la troisième, la plus amère, la troisième pour les jours de fête. »