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Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 2.djvu/13

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où sa beauté est exaltée ; mais ce nom même était douteux, et Bergk était près de penser qu’elle s’appelait simplement Mnaïs. Les chansons qu’on lira plus loin prouvent que cette hypothèse doit être abandonnée. Mnasidika semble avoir été une petite fille très douce et très innocente, un de ces êtres charmants qui ont pour mission de se laisser adorer, d’autant plus chéris qu’ils font moins d’efforts pour mériter ce qu’on leur donne. Les amours sans motifs durent le plus longtemps : celui-ci dura dix années. On verra comment il se rompit par la faute de Bilitis, dont la jalousie excessive ne comprenait aucun éclectisme.

Quand elle sentit que rien ne la retenait plus à Mytilène, sinon des souvenirs douloureux, Bilitis fit un second voyage : elle se rendit à Chypre, île grecque et phénicienne comme la Pamphylie elle-même et qui dut lui rappeler souvent l’aspect de son pays natal.

Ce fut là que Bilitis recommença pour la troisième fois sa vie, et d’une façon qu’il me sera plus difficile de faire admettre si l’on n’a pas encore compris à quel point l’amour était chose sainte chez les peuples antiques. Les courtisanes d’Amathonte n’étaient pas, comme les nôtres, des créatures en déchéance exilées de toute société mondaine ; c’étaient des filles issues des meilleures familles de la cité. Aphrodite leur avait donné d’être belles, et elles remerciaient la déesse en consacrant au service de son culte leur beauté