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gna de moi. Je courus après lui, me cramponnai à ses mains et sanglotai de plus belle. »

À ce souvenir, la voix de l’aïeul parut se briser et des larmes coulèrent derechef le long de ses joues. Tandis que les gamins l’observaient en ricanant, il reprit :

— Je voulais le serrer dans mes bras, le couvrir de baisers. Et lui ne voulait pas. C’était une brute, une brute parfaite. L’être le plus antipathique qui se puisse imaginer. Il s’appelait… Comment donc s’appelait-il ? Je ne me souviens plus de son vrai nom. Mais on le dénommait le Chauffeur. C’était le nom de son ancienne profession, et il l’avait conservé. Et voilà pourquoi la tribu qu’il a fondée s’appelle la Tribu des Chauffeurs.

« C’était un vilain individu, violent et injuste. Je n’ai jamais pu comprendre pourquoi la Peste Écarlate l’avait épargné. Il semblait, à le voir, qu’en dépit de nos risibles leçons de philosophie il n’y eût pas de justice dans l’Univers. Maintenant qu’il ne pouvait plus parler automobiles, moteurs et essence, il était incapable de plus rien dire, sinon de se vanter de tous les tours pendables