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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/57

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L’ÉPOUVANTE

était impossible d’admettre qu’il fût l’œuvre d’un seul.

Les objets portent en eux le secret des doigts qui les ont maniés. Rien qu’à voir la position des serviettes, on sentait qu’elles avaient été jetées là par des mains différentes : un criminel ne déplace pas pour son seul usage tant d’objets. L’instinct, à défaut de tout autre raisonnement, l’oblige à faire vite. Par ailleurs — et puisqu’à l’occasion tout indice devait être interprété contre lui — il était nécessaire que l’homme d’ordre qu’il était reparût jusque dans le crime. Un être méticuleux comme lui n’aurait pas bousculé ainsi les serviettes. Un obscur besoin de rectitude, de netteté, demeure, même dans les folies passagères, chez ceux qu’une longue habitude des soins de chaque jour a faits soigneux et délicats : le crime d’un homme du monde ne saurait être semblable à celui d’un rôdeur. L’être bien né se retrouve en toutes choses à d’infimes détails. Il se souvint de l’aventure de ce Ci-devant, attablé, sous la Terreur, dans une auberge, au milieu de massacreurs, de tricoteuses, et trahissant son