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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/38

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L’ÉPOUVANTE

de vieilles boites qui jonchaient le plancher. Près d’un rideau, sur le mur tendu d’étoffe claire, une main s’étalait, toute rouge, les doigts ouverts. La glace de la cheminée fendue dans toute sa hauteur était crevée en son milieu, et des débris de verre étincelaient sur le plancher. Sur la toilette, parmi des enveloppes froissées, des bouts de linges et de corde traînaient ; la cuvette remplie d’une eau rouge avait débordé, et des flaques de même couleur éclaboussaient le marbre blanc. Une serviette tordue portait les mêmes traces : tout était saccagé, tout était rouge. Les pieds, en se posant sur le tapis, faisaient un bruit semblable à celui du sable mouillé qu’on piétine sur les plages à la marée montante ; enfin, sur le lit, rejeté en travers, les bras en croix, serrant un goulot de bouteille dont les éclats lui avaient entaillé la main, un homme était étendu, la gorge ouverte de l’oreille gauche au sternum, par une effroyable blessure d’où le sang avait rejailli sur les oreillers, les draps, les murs et les meubles en une giclée violente. Sous la lumière crue, dans l’horrible silence, cette chambre où tout était rouge, où partout le sang avait collé ses