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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/300

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L’ÉPOUVANTE

tre, il vit la guillotine… Le jour venait très doucement.

Derrière les maisons, une traînée laiteuse et rosé moirait le ciel. Ses yeux ouverts, pour la dernière fois regardaient, regardaient… Il fit un pas, buta dans ses liens, soutenu par les aides. Le prêtre bégaya :

— Le Bon Dieu vous pardonnera…

Le Procureur lui dit, d’une voix qui tremblait :

— Vous n’avez plus un aveu, plus une révélation à faire ?

Rassemblant tout ce qui lui restait de force, il ouvrit la bouche pour crier :

— Je suis innocent…

Déjà ses genoux frôlaient la bascule, il jeta un coup d’œil de côté, et tout à coup, malgré les aides, malgré ses entraves, il fit un bond en arrière et poussa un cri surhumain :

— Là ! Là ! Là !…

Et tandis qu’on essayait de le pousser, raidi, fort à briser un chêne, les talons accrochés aux pavés, le menton jeté en avant, il hurlait toujours :

— Là ! Là !

Son appel avait quelque chose de si furieux