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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/292

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L’ÉPOUVANTE

bruit résonnait plus fort et plus précis. Il partait, rasant les maisons, droit devant lui. Le bruit se mettait en marche, le suivant. Il courait et le bruit courait avec lui… La rue, plus large bornée de lueurs hésitantes, se déroulait déserte, et silencieuse. Il galopait la terreur accrochée aux flancs comme des chiens de meute… Tout un brasier flambait dans sa poitrine. Il courait toujours, perdant la notion du temps, de l’heure qui mourait lentement. Tout ce qui lui restait de force et d’énergie ne vivait plus que dans l’espoir du matin blême qui bientôt monterait à l’horizon, ramenant avec lui l’éveil des choses et des gens, faisant surgir d’autres visages d’êtres humains, repeuplant ce désert sombre qui l’épouvantait. Et il courait toujours. Il avait fait tant de détours, croisé tant de chemins, qu’il s’en allait vers l’inconnu, perdu dans Paris sommeillant. Il courait, râlant de fatigue et de peur, et voici qu’au bout de l’horizon, le jour monta, triste, pluvieux… Le jour ! le jour !… Un murmure confus s’éleva : on eût dit le chuchotement d’une foule. Là-bas, toute une masse sombre ondulait avec des souplesses de vague. Était-ce encore l’obsession