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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/279

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L’ÉPOUVANTE

ne trouva pas un seul visage ami, sur tous ces yeux où il ne lut qu’une curiosité féroce, une curiosité malsaine des gens venus pour regarder, pour entendre souffrir, comme ils entrent dans une ménagerie avec l’espoir de voir les fauves déchirer le dompteur. Mais il n’eut pas une révolte, pas une pensée de haine.

Un moment vient où la torture morale, la fatigue physique sont telles, qu’on n’a pour ainsi dire plus la force de souffrir. Tout être a une capacité de douleur déterminée : lorsqu’il est parvenu à la limite extrême de cette douleur, il est insensible. Coche crut avoir atteint cette limite, et s’en réjouit presque. Si le soir où il avait téléphoné la grande nouvelle au Monde, quelqu’un avait pu lui dire : « Voilà quel mouvement de curiosité vous allez provoquer », il eût tressailli de joie. Maintenant, il n’éprouvait plus, avec une immense lassitude, qu’une sorte d’hébétement dont rien ne pouvait le tirer. La fatalité avait traversé sa vie, pesait sur lui, l’heure des vaines révoltes était passée ; il n’avait plus qu’à se soumettre et à attendre.

Quand il eut donné d’une voix nette son nom,