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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/266

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L’ÉPOUVANTE

vague d’acide phénique et d’essence de thym, une odeur qui tenait de la pharmacie et du cimetière, flottait dans l’air humide. Et il s’imaginait sentir l’odeur terrible et fade qui se dégage des êtres morts depuis peu. Pourtant il regardait avidement, s’efforçant de noter les moindres détails dans sa mémoire afin de pouvoir au prochain jour les consigner exactement.

On le fit pénétrer enfin dans une pièce où une forme recouverte d’un drap était étendue sur une table. On leva le drap, et, bien qu’il fût prêt à ce spectacle, il eut un mouvement de recul involontaire. Il ne reconnaissait pas ce cadavre, ou du moins, au premier coup d’œil il ne le reconnut pas. La mort, pour achever son œuvre, avait tassé, ratatiné les chairs. La face qu’il avait vue pleine et ronde, était émaciée, des ombres grises, vertes, s’y écrasaient descendant des tempes au menton, comme si quelque pouce énorme s’était plu à modeler la cire jaune de ce visage.

Quand il l’eut contemplé quelques secondes, le juge lui dit :

— Voilà votre victime.