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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/265

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L’ÉPOUVANTE

sembla plus long que l’autre fois. Dressé, autant qu’il le pouvait, il essaya de voir par les prises d’air, mais les lattes étant placées dans le sens inverse de celui des volets ordinaires, c’est-à-dire obliques de bas en haut, il ne put distinguer qu’un peu de ciel gris, triste et froid. La voiture s’arrêta enfin ; il en descendit, et on le poussa rapidement — pas assez vite cependant pour qu’il n’eût le temps d’apercevoir la Seine qui roulait une eau lourde et boueuse, et de se rendre compte qu’il était à la Morgue.

— C’est complet, se dit-il, la confrontation maintenant !

La pensée de ce spectacle dont la seule annonce emplit d’effroi les vrais criminels, ne l’ennuya pas. Quelle menace auraient pour lui les yeux éteints de ce pauvre mort ? Il verrait sans peur ce corps qu’il avait contemplé par deux fois : la nuit presque palpitant encore de vie, le matin déjà raidi et froid. Cependant, lorsqu’il se trouva dans la salle aux murs blancs, aux fenêtres hautes, où la lumière mettait des taches pâles sur les tables de marbre, il eut une sensation désagréable. Une odeur