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lutte, forme un total de 309,268 ; le nombre des morts est donc au nombre des envoyés à peu près ce que 1 est à 3. Il est intéressant de se rendre compte des causes de cette mortalité. Le tableau qui précède nous indique que 10,240 hommes seulement furent tués par l’ennemi ; le nombre de ceux qui succombèrent par suite de blessures ne fut pas plus considérable ; il reste donc environ 75,000 hommes qui moururent soit du choléra, soit du scorbut, soit d’autres maladies. Nous avons vu que le choléra en avait enlevé dans les quatre premiers mois de l’expédition, sur le territoire turc, 8,084 ; d’après les évaluations de M. Jacquot, la mortalité due au scorbut comprendrait 1/3 des pertes totales. Au moins ces 20,000 hommes qui moururent sur le champ de bataille ou des suites de leurs blessures, eurent-ils pour la plupart une mort prompte que mille images glorieuses adoucirent. Mais ces 75,000 victimes du choléra, du typhus, de la pourriture d’hôpital, durent subir toutes les lenteurs, toutes les souffrances, tous les désespoirs d’une mort dont rien ne tempérait l’horreur. Nous tenons à faire cette distinction entre les malades et les blessés ; on ne comprend bien toutes les calamités de la guerre, que quand on s’est rendu un compte exact des souffrances de ces multitudes obscures, lentement, inutilement consumées par les maladies.

Si 95,615 Français furent emportés par la mort,