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temps des sociétés florissantes dans l’Ohio d’abord, puis dans l’Illinois, l’Orégon, plus tard, aujourd’hui même, dans le Minnesota, le Manitoba, le Dakota. Allez demander à ces hardis pionniers s’ils veulent se lier les uns aux autres de façon qu’ils exploitent en commun dix ou douze mille hectares, subordonnant leur volonté individuelle et leur intelligence propre aux décisions de la communauté ? Tous ceux qui se sont occupés de colonisation savent combien ce communisme agricole est fatal aux contrées neuves. Peut-on dire que le pionnier de l’Ohio, de l’Illinois, de l’Orégon, du Minnesota, du Manitoba, du Dakota n’ait pas rendu un service social de premier ordre ? Si les famines sont supprimées, n’est-ce pas à lui qu’on le doit ? Si dans les années 1878 et 1879 l’Europe tout entière n’a pas été affamée, si des centaines de mille êtres humains n’ont pas péri de misère et de faim en Angleterre, en France, en Allemagne, quelle en est la cause, quelle institution en a le mérite ? C’est la propriété foncière, individuelle, perpétuelle, absolue, puisque sans elle tous ces vastes territoires du nouveau monde seraient encore des friches. Si l’on avait voulu respecter comme un droit la propriété collective du peuple chasseur qui occupait ces contrées illimitées, et qui faisait vivre dans le dénûment quelques centaines de milliers d’hommes sur une terre qui peut en nourrir dans l’aisance quelques centaines de millions, ou même si à cette propriété collective d’un peuple chasseur on eût substitué la propriété collective agricole avec toutes ses entraves, toutes ses lenteurs, toute sa réglementation et toute sa routine, qui oserait dire que les États-Unis d’Amérique, que le Canada, que l’Australie, que la Nouvelle-Zélande, eussent atteint en si peu d’années le prodigieux développement, la merveilleuse prospérité qui ne fait pas seulement notre admiration, mais qui sont d’un si puissant secours pour le monde entier ?

Voilà un premier point acquis : la propriété foncière, individuelle, perpétuelle, absolue, quiritaire, le jus utendi et abutendi, est pour le défrichement et le peuplement des contrées neuves un instrument infiniment plus actif, plus efficace, plus rapide