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rattache un quatrième qui n’en est que le développement, et qui fonde la propriété sur la loi « Le droit de propriété, dit M. Laboulaye, n’est pas naturel, mais social. » Si la loi crée le droit de propriété, n’est-il pas à craindre qu’elle puisse aussi le défaire ; ce qu’elle a donné, ne peut-elle le reprendre ? Oui, si on entend le mot loi dans l’acception vulgaire, qui exprime les opinions mobiles et les arrangements fugitifs des gouvernements ou des parlements. Non, si on donne à ce grand et vénérable mot de loi le sens général qu’il doit avoir et que, Montesquieu a si admirablement formulé, si par loi on entend un rapport qui résulte de la nature des choses.

Les quatre justifications que nous venons de donner, d’après les auteurs, du droit de propriété sont chacune partiellement vraies, et chacune présente quelques lacunes. Il faut les mettre en faisceau pour avoir la vérité complète. La vraie justification de la propriété, c’est l’utilité sociale, c’est le service rendue la société. Le régime de la propriété privée est-il celui sous lequel la terre peut nourrir le mieux le plus d’habitants ? Toute la question est là. Et ce n’est pas par quelques anomalies particulières qu’il faut répondre comme s’y complaît Proudhon. La propriété est le droit d’user et d’abuser, jus utendi et abutendi ; et s’il arrive que certains propriétaires abusent, on ne les inquiète pas. C’est que le régime de la propriété foncière privée est, d’ordinaire, tellement bienfaisant qu’on craindrait de lui porter la moindre atteinte, même en réprimant quelques abus qui, si choquants qu’ils soient, sont exceptionnels. La réglementation que l’on voudrait introduire pour les empêcher serait plus nuisible qu’ils ne le sont eux-mêmes.

Y a-t-il une utilité sociale à la propriété foncière individuelle, perpétuelle, absolue ? Quelques écrivains le nient. Quels autres systèmes pourrait-on opposer ou substituer au régime actuel ? Ou bien la propriété individuelle pour tout le monde, pour chaque être humain, dans des proportions égales, avec des révisions périodiques et fréquentes ; ou bien la propriété nationale collective ou plutôt, car ce serait là une concentration et une confusion devant laquelle on recule, la propriété communale.