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sa suite toute l’école britannique, comprend-il deux parts, l’une qui est le prix du travail et l’autre qui est la rémunération des agents naturels du sol, des forces gratuites de la nature, rémunération que le propriétaire perçoit et s’attribue par surcroît, à la faveur et sous la protection des lois civiles ?

3° Quelle est l’influence de la civilisation, telle que nous l’avons définie (page 25), sur le développement ou sur la réduction du produit net de la terre, en un mot sur le sort du propriétaire foncier ?

4° Quels sont aussi les effets de la civilisation, de l’accumulation des capitaux, quelle est l’influence des lois civiles sur le morcellement ou sur la concentration de la propriété foncière ?

Il y a deux tendances opposées qui, tour à tour ou même simultanément, effraient les esprits songeurs : c’est la tendance à la constitution de propriétés énormes, aux latifundia, et, d’autre part, c’est la tendance à ce que l’on a appelé la pulvérisation du sol. À cet ordre de questions se rattache l’examen des mérites respectifs de la grande et de la petite culture.

Il a suffi d’exposer tous ces problèmes que soulève la propriété foncière pour que le lecteur vît qu’il nous est impossible dans un ouvrage comme celui-ci de les étudier chacun en détail. Il n’en est pas un qui ne comportât tout un volume. Cependant il ne nous est pas permis de les laisser de côté, sinon toutes nos observations sur la manière dont la civilisation affecte le sort des propriétaires fonciers manqueraient de base scientifique et paraîtraient des conjectures ou des propositions incohérentes.

La première question est celle de l’origine et de la légitimité de la propriété foncière privée, perpétuelle et absolue.

Un fait qui est incontestable c’est que la terre n’a pas une valeur naturelle qui soit indépendante du travail humain. Ce qui communique au sol une valeur, c’est le travail de l’occupant, ou le travail social environnant. Il faut bien distinguer ces deux catégories de travaux, celui du détenteur de la terre à proprement parler, et celui de la société qui l’avoisine.