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Quelles sont maintenant les catégories de personnes qui doivent se partager ce revenu ? La généralité des économistes anglais comptent trois classes de copartageants qu’ils désignent par ces noms abstraits la rente de la terre, le capital et le travail, autrement dit les propriétaires fonciers, les capitalistes et les ouvriers. À ces trois catégories de personnes Rossi joint un quatrième copartageant l’État, qui par voie d’impôt, prélève sur le revenu de la nation, ce qui est nécessaire à sa subsistance et à l’accomplissement de ses fonctions. Nous repoussons cette classification de Rossi. L’État, en effet, est, si nous pouvons parler ainsi, un copartageant secondaire, qui vient à un moment postérieur. Quand les diverses classes de personnes ayant un droit sur le revenu de la nation se sont fait leur part, l’État intervient et requiert de chacune d’elles ce qu’il juge nécessaire ou utile à ses propres besoins ; mais l’État n’est jamais en première ligne les revenus dont il jouit sont des revenus dérivés prélevés sur d’autres revenus. En outre, il n’y a aucune règle naturelle, aucune mesure fixe, pour déterminer les droits de l’État. Laissons donc, pour le moment, l’État en repos et ne le prenons pas en considération.

C’est à grand tort que l’école anglaise ne fait figurer que trois catégories parmi les copartageants, à savoir les propriétaires fonciers, les capitalistes et les ouvriers. La seconde de ces catégories est trop étendue et comprend des éléments de nature très-diverse, qui n’ont pas la même situation dans la société. Il faut distinguer les capitalistes proprement dits, ceux qui possèdent les capitaux, qui en tirent un revenu en les prêtant à autrui, et les entrepreneurs d’industrie qui font eux-mêmes valoir ces capitaux, soit qu’ils en soient les maîtres absolus en qualité de propriétaires, soit qu’ils en aient seulement la disposition en qualité d’emprunteurs. Il y a une nécessité scientifique et une grande importance pratique à ne pas confondre dans une même classe les capitalistes et les entrepreneurs d’industrie, à ne pas établir une sorte d’identité entre l’intérêt des capitaux et le bénéfice des entrepreneurs. Cette confusion qui est habituelle à l’école anglaise est un des