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Comme le taux de l’impôt, qui était d’ailleurs proportionnel, était fort modéré dans le canton de Neufchâtel, ne dépassant guère 1 ou 2 p. 100, il est probable que les fraudes, les évasions de la taxe, comme disent les Anglais, se trouvaient réduites au minimum.

Or, qu’indiquent ces deux tableaux ? C’est que les fortunes un peu notables sont très peu nombreuses par rapport à l’ensemble de la richesse, et surtout que les revenus de quelque importance forment une très minime part de l’ensemble des revenus nationaux.

Dans l’État de Neufchâtel, sur un total de 401 millions de francs pour l’ensemble des fortunes privées, les très petites fortunes, celles qui ne dépassent pas 50,000 francs, forment plus des 2 cinquièmes, soit 169 millions en chiffres ronds. Les fortunes ne dépassant pas 100,000 francs composent plus de la moitié (222 millions sur 401) de l’ensemble des fortunes privées. Plus des trois quarts de l’ensemble de la richesse du pays est dans les mains d’hommes dont la fortune ne dépasse pas 300,000 francs. Les fortunes au-dessus de 600,000 francs ne représentent pas le huitième du total de la richesse du canton (46 millions sur 401). Cependant il s’agit là d’un pays industrieux et fort avancé en civilisation. La démonstration est encore plus frappante pour la distribution des revenus. Sur un total de 31 millions de francs de revenu pour le canton de Neufchâtel les 5 sixièmes (25,628,000 francs) sont dans les mains de personnes qui n’ont pas plus de 3,000 francs de revenu ; un trentième seulement de l’ensemble des revenus se trouve appartenir à des personnes dont le revenu dépasse 10,000 francs[1].

Ce sont surtout les revenus qu’il faut considérer, puisque les hommes vivent sur leurs revenus. Or on voit que si dans le canton de Neufchâtel, en 1874, on eût pu confisquer tous les revenus au-dessus de 5,000 francs et distribuer l’excédant au-dessus de cette somme aux revenus inférieurs, sans que par cette

  1. Ces passages sont extraits de notre Traité de la science des finances, t. I.