Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/547

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


part des personnes ayant de très gros revenus viennent passer l’hiver et le printemps. Il y aurait ainsi peut-être en France 7 ou 800 personnes au plus ayant 250,000 francs de rentes ou davantage. Quant aux fortunes plus modiques, mais comportant déjà une certaine opulence, celles au-dessus de 50,000 fr. de rentes, l’observation indique qu’à Paris il s’en rencontre au maximum 7 ou 8,000 dans toute la France y compris Paris, d’après nos études personnelles faites sur plusieurs des arrondissements les plus riches du nord et du midi, il ne doit pas y avoir plus de 18 ou 20,000 fortunes de ce genre. La richesse est infiniment plus rare qu’on ne le suppose.

On a vu plus haut (page 503) que si l’État prussien confisquait tous les revenus au-dessus de 7,500 francs et distribuait aux revenus inférieurs l’excédant des revenus individuels au-dessus de ce chiffre, l’amélioration dont bénéficieraient les classes pauvres ou médiocrement aisées ne serait que de 10 à 12 p. 100, en supposant (ce qui est une hypothèse inadmissible) que cette sorte de confiscation ne diminuât pas la richesse sociale et l’ensemble du revenu national par le découragement qu’elle causerait aux capitalistes, aux entrepreneurs, à tous les hommes actifs et intelligents. En France, en se livrant à la même hypothèse, nous ne croyons pas que la distribution, aux revenus inférieurs, de tout l’excédant des revenus au delà de 6 ou 7,000 francs accrût de plus de 10 à 12 p. 100 également la part des hommes aujourd’hui les moins bien pourvus. Si, en effet, il y a en France plus de richesse qu’en Prusse, il ne faut pas oublier que dans notre pays la classe ouvrière et la petite classe moyenne sont beaucoup plus à leur aise, de sorte qu’un quantum plus considérable qu’on aurait à leur distribuer, par la confiscation hypothétique des revenus au-dessus de 6 ou 7,000 francs, se rapportant déjà à de petits ou de moyens revenus individuellement plus gros qu’en Prusse, ne les modifierait que médiocrement. Si jamais l’on établit en France un impôt général sur le revenu, on sera étonné de voir combien sont rares les revenus au delà d’un certain taux.

Partout où l’impôt sur le revenu a existé, soit sous la forme