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voitures ne semblent pas contredire ceux que vient de nous donner la statistique de l’impôt mobilier. En 1879, le service des contributions directes a recensé à Paris 6,436 contribuables pour la taxe sur les voitures et sur les chevaux dans ce chiffre, il est vrai, figurent un certain nombre de loueurs, de sorte qu’on peut évaluer à 7,500 ou 8,000 les personnes qui, à Paris, ont des chevaux et des voitures ou qui louent des voitures au mois. La possession de chevaux ou de voitures correspond en général à des revenus supérieurs à 50,000 francs. Beaucoup de personnes, sans doute, ayant des revenus supérieurs à ce chiffre, s’interdisent ce luxe ; mais d’autres, qui ont un revenu moindre, se le permettent. En supposant que ces deux exceptions en sens contraire se compensent, il y aurait à Paris 7 ou 8,000 personnes ayant plus de 50,000 francs de revenu ; c’est bien aussi à peu près ce qu’indique la statistique de l’impôt sur les loyers, puisque, d’après cette dernière, il y a 4,883 personnes imposées pour un loyer matriciel de plus de 6,000 francs, ce qui correspond à peu près à un minimum de revenu de 70,000 francs, et qu’en outre il y a 9,985 personnes imposées pour un loyer variant de 3,000 à 6,000 francs, parmi lesquelles le quart ou le tiers peut être considéré comme ayant une cinquantaine de mille francs de revenu[1].

Un statisticien expérimenté, M. de Foville, a voulu dans le journal l’Économiste français[2] soumettre à une contre-épreuve l’analyse que nous avions faite de la répartition des revenus à

  1. L’évaluation que nous donnons dans le texte est même plutôt trop élevée, et il est douteux qu’il y ait à Paris 7 ou 8,000 personnes ayant des chevaux ou des voitures, ou bien en louant au mois. En effet, le dimanche 6 juin 1880, jour où se tenaient à Longchamps les courses pour le Grand Prix de Paris, il s’est présenté au turf d’après le pointage officiel : 17 voitures daumont ou demi-daumont, 64 voitures a quatre chevaux, 1,180 voitures de maître à deux chevaux, 3,720 voitures de maître à un cheval, 8,728 fiacres, soit, indépendamment des fiacres, 4,981 voitures de maître ou de grande remise. Or, quand ou sait la passion qu’ont maintenant les Parisiens pour les courses et l’attraction tout exceptionnelle qu’exerce le grand prix de Paris, on peut admettre que les trois quarts au moins des personnes ayant chevaux et voitures à Paris ont dû assister à cette fête, et en outre pour cette partie de plaisir beaucoup de personnes louent à la journée des voitures de grande remise qui doivent venir en déduction du chiffre de 4,981 donné plus haut.
  2. Numéro du 10 juillet 1880.