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Elles sont cependant confirmées par les observations les plus sérieuses faites dans un pays voisin, en Belgique. M. Émile de Laveleye a publié dernièrement, en y joignant une savante introduction, un ensemble de documents sur l’Agriculture belge[1]. Il résulte des recherches de l’économiste belge et de tous les documents qu’il analyse qu’en 1850 le tiers des revenus de la propriété foncière en Belgique appartenait à 668,914 petits propriétaires, ayant un revenu cadastral qui ne dépassait pas 400 francs, soit 800 francs environ de revenu net réel. Le second tiers des revenus du sol en Belgique était la propriété, la même époque, de 58,637 personnes ayant un revenu cadastral de 400 à 2,000 francs, soit un revenu réel de 800 à 4,000 francs. Enfin, le tiers seulement du revenu foncier se répartissait entre 10,941 grands propriétaires dont le revenu cadastral était au-dessus de 2,000 francs, et le revenu réel au-dessus de 4,000. On ne comptait en Belgique que 3,300 propriétaires ayant plus de 5,000 francs de revenu net cadastral, ce qui correspond approximativement a 10,000 francs de revenu net réel.

Nous ne croyons pas nous éloigner beaucoup de la vérité en disant qu’en France à l’heure actuelle la moitié environ des revenus nets du sol revient à la petite propriété, celle dont le revenu net réel ne dépasse pas 1,000 francs ; qu’un quart échoit à la propriété moyenne, celle qui jouit d’un revenu net réel de 1,000 à 3,000 francs et que c’est tout au plus le dernier quart qui appartient a ce que l’on appelle pompeusement la grande propriété, celle qui fournit au minimum plus de 3,000 francs de revenu net.

Les renseignements qui précèdent et les conclusions que nous en avons tirées ont un caractère conjectural qui les rend susceptibles de controverse. On arrive à un degré de beaucoup plus grande précision quand on veut juger des fortunes ou des revenus d’après les statistiques de l’impôt mobilier dans les grandes villes et particulièrement a Paris. La statistique

  1. L’Agriculture belge en 1878.