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Nous ne reviendrons pas sur l’étude que nous avons faite de la propriété rurale en France[1] : résumons-en seulement les traits principaux.

Il y avait, en 1877, dans notre pays, 14,200,000 cotes foncières, ce qui ne veut pas dire qu’il y eût 14 millions de propriétaires. De même qu’une personne peut avoir plusieurs inscriptions de rente, elle peut acquitter plusieurs cotes foncières, et nous connaissons des gens qui, sans avoir d’énormes fortunes, en payent cinq ou six. Il suffit, pour être dans ce cas, d’avoir une maison de ville et quatre ou cinq fermes situées dans des perceptions différentes. Le recensement de 1876 relevait 10,620,000 propriétaires cultivant eux-mêmes leurs terres, plus 1,957,000 propriétaires ou rentiers vivant de leur revenu. Ces renseignements sont singulièrement confus on a eu le premier tort de réunir, pour les personnes vivant de leur revenu, les propriétaires et les rentiers, qui sont deux catégories fort différentes. Ensuite, beaucoup de personnes sont inscrites dans les professions libérales, en qualité d’avocat, de magistrat, etc., qui sont en même temps propriétaires, soit urbains, soit ruraux. Enfin, d’autres sont recensés comme ouvriers, comme employés qui possèdent néanmoins quelque lopin de sol. On peut grosso modo admettre qu’il y a, en France une douzaine ou une quinzaine de millions de personnes ayant un intérêt dans la propriété foncière ces douze ou quinze millions de personnes représentent aussi bien les femmes et les enfants des propriétaires que les propriétaires eux-mêmes. Plus du tiers, près de la moitié des habitants a donc quelque propriété ; mais souvent c’est bien peu de chose.

Le dernier recensement des cotes foncières par catégorie est, à notre connaissance, celui qui a été fait en 1858. On comptait alors 13,000,000 cotes, sur lesquelles 6,686,000 étaient taxées à moins de 3 francs[2], ce qui peut être considéré comme correspondant à un revenu maximum de 40 à 80 francs suivant

  1. Voir le chapitre VI, pages 167 et suivantes.
  2. Ce chiffre comprend à la fois le principal de l’impôt et les centimes additionnels.