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cratiques de notre temps, soit parce que, les gages s’élevant, beaucoup de personnes renoncent à ce luxe. En 1868 le nombre des domestiques mâles imposés était de 279,836, en 1876 il s’élevait à 223,143, en 1878 il était tombé à 207,237. Que la civilisation tende à réduire le nombre des hommes, nous ne disons pas des femmes, directement attachés au service personnel d’autres hommes, c’est incontestable.

Si les très grandes fortunes ne sont pas, même en Angleterre, aussi communes qu’on le juge généralement, il s’en faut que le paupérisme soit aussi grand dans ce pays qu’on le pense d’ordinaire, et que la classe inférieure soit dénuée d’épargnes. Nous ne reviendrons pas sur les chiffres que nous avons donnés concernant le paupérisme britannique (voir pages 430 et suiv.). Quant aux épargnes des basses classes, elles sont importantes, puisqu’on ne compte pas moins de 3 millions et demi de livrets de caisses d’épargne. Il est vrai que, par contre, les petites gens en Angleterre ont moins que chez nous des valeurs mobilières. On ne compte que 108,000 détenteurs de titres de la dette consolidée mais cela tient uniquement à ce que l’administration anglaise n’a pris aucune mesure pour mettre les fonds publics à la portée des petites bourses. Les assurances sur la vie prospèrent singulièrement en Angleterre.

Après l’Allemagne et l’Angleterre, il est naturel que nous soumettions la France à notre étude. Plus haut nous avons expliqué les causes qui rendent au premier abord difficile un travail sur la répartition des richesses dans notre pays[1]. Néanmoins, à défaut d’impôt sur le revenu à la mode allemande ou à la mode anglaise, nous possédons divers indices qui permettent de se faire une idée de la distribution des fortunes : les statistiques des cotes foncières, les relevés relatifs à l’impôt mobilier à Paris, les renseignements qui concernent l’impôt sur les chevaux et voitures et même les pompes funèbres. Essayons d’user de ces documents avec sagacité et circonspection.

  1. Voir page 497.