Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/520

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Quoique cette période soit défavorable pour l’observation des phénomènes normaux, quoiqu’elle ait été spécialement propice à l’agiotage, c’est-à-dire a la fondation d’énormes fortunes dans la classe des gens d’affaires et à l’appauvrissement des gens naïfs de la petite bourgeoisie, le progrès de l’aisance et des revenus s’est néanmoins fait, sentir dans toutes les catégories de la population sans exception. Les revenus dits d’indigents ont gagné 4 p. 100 par tête, les petits revenus autant, les revenus modiques 2 p. 100, mais le nombre de ces derniers s’est plus accru que la moyenne de l’accroissement de la population. Les revenus moyens, au contraire, ont légèrement diminué d’importance par tête, mais ils sont aussi devenus plus nombreux ; les grands revenus ont augmenté aussi en nombre, mais ils ont peu gagné comme importance moyenne par tête. Les très-gros revenus, ceux au-dessus de 135,000 francs, sont devenus plus nombreux eux aussi, mais comme importance moyenne par tête ils ont assez notablement diminué.

Si, au lieu de considérer toute la période de 1872 à 1878, on prenait pour point de départ le point culminant de la spéculation et de l’agiotage, c’est-à-dire l’année 1874, on verrait que les quatre premières catégories de revenus, les revenus d’indigents, les petits revenus, les revenus modiques, les revenus moyens se sont beaucoup moins ressenti de la crise industrielle et financière que les deux catégories supérieures, les gros et les très-gros revenus. Dans les quatre premières catégories le progrès a été continu ; chaque année l’ensemble du revenu de chaque classe a donné une plus-value supérieure à celle de l’année précédente. Il n’en a pas été de même pour les deux catégories les plus élevées de revenus : la classe des gros revenus offre des chiffres moins considérables en 1875, en 1876, et 1877 qu’en 1874, et c’est à peine si les résultats de cette dernière année sont regagnés dans cette classe en 1878. Les très-gros revenus ont été plus éprouvés encore par la crise. En 1874, l’ensemble des revenus constatés dans cette catégorie, c’est-à-dire pour les revenus de plus de 100,000 marks ou de 125.000 francs, était de 121,750,000 marks ou 152.187.000 francs ; chaque an-