Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/515

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ayant plus de 3,750 francs de revenu ne représentait pas tout à fait le tiers des sommes payées à la Classenteuer par les personnes ayant un revenu moindre de 3,750 francs. En 1864, la proportion n’avait que très-légèrement changé : l’impôt payé par les revenus de plus de 3,750 fr. ne dépassait que très-légèrement le tiers de l’impôt payé par les revenus moindres. En 1878-79, il n’en est plus tout à fait de même: les revenus de plus de 3,750 fr. fournissent au fisc 29 millions de fr., et les revenus inférieurs 56 millions et demi les premiers versent au fisc un peu plus de la moitié de ce que versent les seconds. Si la proportion a aussi notablement changée, c’est principalement parce qu’on a dégrevé dans une certaine mesure, par des remaniements de la législation fiscale, les contribuables à la Classensteuer, c’est-à-dire les petites gens. Cela ressort de ce fait, constaté plus haut, qu’en 1878, près des trois quarts (72,09 p. 100) des revenus prussiens appartenaient à des personnes ayant moins de 2,500 fr. de revenu.

En 1853, les contribuables prussiens imposés pour un revenu supérieur à 3,750 fr. étaient au nombre de 44,407 ; en 1864, on en comptait 68,111 ; en 1878-79, dans la Prusse plus vaste et beaucoup plus peuplée, il y en avait 167,307. La population avait augmenté de moitié, le nombre des personnes ayant des revenus de plus de 3,750 fr. avait presque quadruplé. Cela ne veut pas nécessairement dire que l’accumulation de la richesse ait été plus rapide dans les classes supérieures que dans les classes inférieures. D’abord l’annexion de contrées et de villes très-riches fait que les deux Prusses, celle de 1853 et celle de 1878, ne sont pas absolument comparables. Ensuite les revenus généraux, soit réellement, soit nominalement, s’étaient énormément accrus, dans cet intervalle de vingt-cinq ans, par le développement de l’industrie et du commerce, par les voies de communication et même par la dépréciation des métaux précieux. Quand l’ensemble des revenus d’un pays augmente, il est naturel, inévitable, qu’un certain nombre de personnes sortent de la classe des petits revenus pour entrer dans celle des revenus moyens, et qu’un nombre assez considérable d’autres