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che du monde, Francfort. La proportion des grandes fortunes ou même des moyennes sera-t-elle devenue beaucoup plus forte ? Les chiffres qui suivent vont nous l’apprendre[1].

D’après les rôles de l’impôt la population du royaume de Prusse en 1878-79 était de 26,356,866 personnes. Sur ce nombre environ le quart, soit 6,664,390, étaient exemptes de tout impôt sur le revenu, parce qu’elles n’avaient pas 400 marks (500 francs) de ressources annuelles par famille ou par individu isolé, ou bien encore parce qu’elles rentraient dans quelques autres des rares cas d’exemption. Sur le reste de la population, les trente-cinq trente-sixièmes environ étaient assujettis à la Classensteuer, l’impôt qui frappe les revenus de 400 marks (500 francs) à 3,000 marks (3,750 francs) ; le total de ces contribuables à la Classensteuer montait à 18,473,864 personnes, dont 3,923,363 chefs de famille (Haushaltungs vorstände), 1,193,190 personnes isolées (Einzelerwerbende), et 13,357,309 membres de famille (Haushaltungsanggehörige). Ainsi, la presque totalité de la nation prussienne avait moins de 3,750 francs de revenu par famille ou par individu vivant seul. L’Einkommensteuer qui frappe les revenus au-dessus de 3,750 francs n’atteignait que 609,206 personnes, soit 139,118 chefs de famille, 441,899 personnes dépendant d’eux, et 28,189 contribuables isolés, célibataires.

C’est déjà un point intéressant que sur les 26 millions 356,000 habitants de la Prusse en 1878, il n’y en ait que 609,000 appartenant à des familles ayant plus de 3,750 francs de revenu, 1 sur 43 seulement. Aussi, quoique le taux de la Classensteuer (impôt frappant les revenus au-dessous de 3,750 francs) soit notablement moins élevé que le taux de l’Einkommensteuer qui grève les revenus supérieurs à ce dernier chiffre, néanmoins le premier de ces impôts rend beaucoup plus que le second : 45 millions de marks ou 56 millions et demi de francs

  1. Les éléments de cette analyse nous ont été fournis par deux études du statisticien allemand bien connu M. Adolphe Soëtber : Umfang und Vertheilung des Volks-Einkommen im Preussischen Staat 1872-1978, von Dr Adolph Sötber, Leipzig, 1879, et du même article dans les Jahrbücher für National Œkonomie und Statistik, février 1880. M. Soëtber a lui-même tiré tous ses chiffres des documents officiels présentés aux Chambres.