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du travail ne dépasse nulle part douze heures effectives, et c’est beaucoup trop. La loi française l’a fixée à ce chiffre ; la loi suisse l’a abaissée à onze heures en Angleterre ; elle est descendue à neuf heures et demie à Paris et dans presque toutes les villes, pour l’innombrable quantité des métiers divers, elle ne dépasse pas 10 ; dans les mines elle descend généralement au-dessous, et dans la plupart des usines elle varie entre dix heures et demi et onze. Ainsi sur les vingt-quatre heures du jour l’ouvrier en a treize à sa disposition pour ses besoins physiques en prélevant la part du sommeil et des repas, il lui reste toujours trois ou quatre heures pour vaquer à ses affaires, pour la vie de famille, les distractions, les causeries, les lectures, en plus du dimanche tout entier. Ce n’est certainement pas là, comme on le prétend, l’esclavage et il est probable que bientôt, dans toute l’Europe, sans aucune loi, par le simple accord des volontés, la journée de travail effectif sera partout réduite à dix heures, soit à soixante heures sur les cent soixante-huit qui composent la semaine : en déduisant neuf heures par jour pour le sommeil et les repas, il resterait encore à l’ouvrier quarante-cinq heures par semaine à sa libre disposition. Si l’on voulait aller plus loin, ce ne serait pas sans de grands inconvénients : gare alors à l’homme de race jaune, au Chinois et au Japonais, sans parler de l’Indien qui, lorsqu’ils seront en possession de nos arts mécaniques et de nos découvertes industrielles, viendront peut-être prouver à nos ouvriers d’Europe et des États-Unis par de cruelles leçons la nécessité du travail, de la sobriété et de la tempérance.

Les faits que nous avons rapidement rassemblés dans cette introduction démontrent avec une irrésistible évidence que toutes les classes de la nation ont participé au progrès général, que la classe ouvrière particulièrement en a profité sous la triple forme d’un accroissement de bien-être matériel, d’un accroissement de sécurité et d’un accroissement de loisirs. On examinera, dans le cours de cet ouvrage, s’il est vrai que les riches deviennent chaque jour plus riches mais dès ce moment on peut affirmer qu’il est faux que les pauvres devien-