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soit donné de se distraire, de bains confortables où l’homme modeste puisse, moyennant une faible obole, se rafraîchir le corps, d’asiles de nuit où les personnes, momentanément sans refuge, trouvent décemment à reposer leur tête, de bibliothèques populaires ouvertes dans tous les quartiers, de cercles où puissent se rencontrer le soir et les jours fériés, soit gratuitement, soit moyennant une modique rémunération, les hommes de toute classe qui ont le goût de la sociabilité et qui ne possèdent qu’un logement étroit. Mais patience : peu à peu, par l’initiative individuelle, par les sacrifices spontanés des hommes de bien, et par l’action des municipalités et des corps collectifs, toute cette richesse commune se constituera. Pour qu’une richesse soit commune, pour qu’on en ait la jouissance gratuite, il n’est pas, d’ailleurs, nécessaire qu’on ne paie absolument aucune cotisation pour s’en servir. Il suffit que la cotisation exigée représente seulement les frais d’entretien, et non les frais de premier établissement. Quand ceux-ci ont été amortis et que rien n’est demandé pour eux, on a vraiment l’usage gratuit de la chose. Quand, dans soixante-dix ans, les chemins de fer auront, par le cours naturel des choses, fait retour à l’État, et que les prix de transport seront abaissés de 60 ou 70 p. 100, qu’on ne paiera plus que 20 ou 30 francs pour se rendre en seconde classe de Paris à Marseille, on aura vraiment l’usage gratuit des chemins de fer, c’est-à-dire de la voie, des gares, de toutes les installations permanentes, puisqu’on ne paiera plus que pour l’entretien, pour l’exploitation.

L’amortissement des capitaux par un prélèvement sur le revenu est une forme particulière de l’épargne, qui a pour effet de transformer en richesse sociale et collective une richesse privée, individuelle.

Heureux nos descendants qui, succédant à l’époque de l’installation de la grande industrie, bénéficieront d’œuvres ainsi amorties, et jouiront d’un capital commun de 40 ou 50 milliards peut-être dans un pays comme la France ! Ce capital, il est vrai, ne permettra pas aux particuliers sans épargne de vivre oisifs ; il ne leur donnera pas la nourriture, le vêtement