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employée en sociologie. On a aujourd’hui une conception plus exacte des besoins-de tous ; le sentiment de la solidarité humaine, le désir de manifester cette foi par des œuvres visibles et durables se propagent dans toutes les couches de la société. Les corps collectifs et officiels, de même que les individus, se piquent de travailler par des œuvres spéciales au bien général. On parlait beaucoup au dix-huitième siècle de sensibilité, et l’on entendait par là je ne sais quelle émotion qui s’emparait de l’âme et la faisait frissonner d’amour, de compassion, de pitié ou de tendresse pour tous les êtres humains, en face de toutes les souffrances et de toutes les joies humaines. Mais cette sensibilité était tout intérieure, subjective, contemplative ; elle ne s’épanchait qu’en beaux discours ou en beaux écrits. Aujourd’hui on est moins sentimental, mais on ressent tout aussi profondément les maux d’autrui, et tout en les pleurant moins, on s’occupe plus de les guérir.

Les municipalités sur tous les points du territoire créent des écoles, des lavoirs, des bains publics, installent des fontaines, font des égouts, des conduites d’eaux et de gaz, établissent des promenades publiques, des musées, ouvrent des lieux d’instruction, de récréation. Une fois ces dépenses amorties, au bout de vingt, trente, quarante ans, quand les emprunts contractés pour ces entreprises ont été totalement remboursés, le public a la jouissance absolument gratuite de toutes ces richesses sociales ; Pendant ce temps, soit encore les municipalités, soit des associations philanthropiques, charitables, religieuses, édifient du agrandissent des hôpitaux des hospices ; des asiles fondent des refuges de nuit, des fourneaux économiques, etc. Comme aucun de ces établissements une fois nés ne disparaît, comme chaque jour il en surgit un nouveau, on peut juger de ce que sera un grand pays civilisé dans un siècle ou deux, de l’importance énorme qu’y aura prise la richesse commune. Certes, il reste encore beaucoup à faire, et ce ne sont pas les œuvres qui manqueront. Nos villes, par exemple, n’ont, pour la plupart, pas de portiques où la population puisse s’abriter en se promenant pendant la pluie, de parcs étendus où il lui