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85 francs par membre, ce qui ne laisse pas que d’être déjà quelque chose.

C’est surtout parmi les femmes qu’il est désirable que les sociétés de secours mutuels conquièrent des adhérents : sur un nombre d’ouvrières que l’on estime à 1,627,000 en France, il n’y en avait en 1876 que 120,000 affiliées à des sociétés de ce genre, pas une sur dix.

Si utiles qu’elles soient, les sociétés de secours mutuels contre la maladie ne sont que la forme la plus rudimentaire des associations de prévoyance. Elles ne rendent que des services bornés ; elles devraient se mettre en état d’accorder des pensions pour la vieillesse, de garantir même dans une certaine mesure leurs membres contre le chômage immérité. Au lieu d’être de 12 à 16 francs par an, soit de 5 centimes environ par journée de travail, la cotisation devrait s’élever à 50 francs au moins comme dans les unions anglaises, ou même à plus, de manière à comprendre une assurance sur la vie ou une rente viagère pour la vieillesse.

Presque toutes les compagnies industrielles ou financières ont fondé des caisses de prévoyance, et la plupart des grandes usines sont dans le même cas. Un progrès énorme devra s’effectuer de ce côté d’ici à la fin du siècle.

Indépendamment des œuvres philanthropiques qui se créent journellement, les sociétés purement financières, comme les assurances, peuvent singulièrement étendre encore leur domaine et varier leurs combinaisons. Les années 1878, 1879 et 1880 auront été sous ce rapport fécondes. Il y a eu dans cette période une fièvre de spéculation sur les titres des Compagnies d’assurances ; il en est éclos de toutes parts, et l’on a singulièrement abusé de la crédulité du public[1]. Celui-ci a payé trois, quatre ou cinq fois trop cher les actions que d’habiles faiseurs consentaient à lui vendre. Il n’en est pas moins vrai

  1. On a calculé qu’en 1879 et en 1880 il s’était fondé 80 sociétés d’assurances nouvelles ; il n’en existait pas 80 avant 1879 le nombre a donc doublé en deux ans. Beaucoup sans doute seront ruinées ; mais cette concurrence finira par profiter au public.