Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/479

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


peut dépasser 10 heures par jour et 36 heures par semaine, la durée de la journée n’étant que de 6 heures le samedi. Cette abréviation du travail le samedi se rattache aux habitudes religieuses anglaises qui comprennent le repos du dimanche dans le sens le plus littéral, interdisant moralement même les travaux de ménage, comme le blanchissage domestique, la couture et jusqu’à la cuisine. Le chômage est obligatoire dans les usines et dans les ateliers les 52 dimanches de l’année, le jour de Noël, le vendredi saint et quatre autres jours par an, ou huit demi-journées, en plus des 52 demi-journées du samedi. En résumé, l’ouvrier des fabriques et des ateliers doit jouir d’un repos complet pendant cinquante-huit jours par an, d’une demi-journée de loisir pendant cinquante-deux journées : il reste 255 jours pendant chacun desquels il ne peut pas travailler plus de dix heures. Ce n’est pas là une vie accablante ; la part qu’elle laisse aux loisirs est considérable ; combien elle serait fructueuse si l’on savait utilement, moralement l’employer !

Les Trades Unions ont, cependant, encore renchéri sur ces dispositions légales, elles ont, en fait, réduit le travail à 54 ou 51 heures par semaine. Si l’on se rappelle qu’une semaine se compose de 168 heures, qu’avec 9 heures par jour pour le sommeil et les repas on a un prélèvement indispensable de 63 heures, qu’il en reste, par conséquent 105, on voit que l’ouvrier anglais a à sa disposition en dehors de ce qui lui est nécessaire pour ses besoins physiques essentiels, autant d’heures disponibles à consacrer aux nobles loisirs, aux distractions, aux promenades, à l’étude, aux occupations intellectuelles et morales ; qu’il emploie d’heures au travail professionnel le faisant vivre, soit 51 ou 54 heures.

Quelques personnes pensent que le législateur anglais a été trop loin ; nous ne le croyons pas. Il a assuré cette chose sacrée, le repos de l’enfance, et cette autre, le ménagement des forces des adolescents et des femmes. Peut-on faire encore davantage ? Le législateur ne le saurait sans imprudence, et aussi sans sortir de sa mission. Il ne faudrait pas vouloir faire l’application du mot d’un célèbre socialiste allemand, Karl