Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/462

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il est avantageux, d’ailleurs, pour l’ouvrier que le salaire nominal hausse, alors même que le prix des vivres, des subsistances, dans le sens le plus restreint du mot, viendrait à hausser, même dans une proportion correspondante, si les objets manufacturés et les articles de demi-superfluité restent aux mêmes prix. L’ouvrier isolé, qui n’est pas encore chef de famille ou qui a des enfants grands et se suffisant à eux-mêmes, peut faire plus d’épargnes. La vie de l’ouvrier se partage en six périodes : 1° celle où il est à la charge de ses parents : elle commence à sa naissance et dure jusqu’à l’âge de 14 ou 18 ans environ ; 2° celle où il peut se suffire, sans avoir encore d’excédant de recettes qui soit disponible pour l’épargne, elle va de l’âge de 14 ou 15 ans à celui de 17 ou de 18 ; 3° l’âge vraiment productif pour l’épargne et décisif pour l’avenir de l’ouvrier ce sont les huit ou dix années qui s’étendent de l’âge de 17 ou 18 ans jusqu’au mariage, c’est-à-dire jusqu’à 28, 28 ou 30 ans alors l’ouvrier jouit de tous les gains de l’homme fait sans avoir encore les charges du ménage il est rare qu’il ne puisse pas épargner le quart, le tiers, parfois la moitié de sa rémunération c’est la période importante pour le travailleur capable et frugal, il peut y accumuler un trésor de plusieurs milliers de francs ; 4° l’ouvrier se marie à 25, 28, 30 ans, il a des enfants, ses charges deviennent lourdes ; s’il n’a pas d’économies, il est rare que la gêne ne survienne pas en tout cas l’épargne se ralentit ; cette période dure 15 ou 18 ans, jusqu’à l’âge de 45 ou de 48 ans ; 5° survient une autre période, mais plus brève, d’aisance et où l’économie est de nouveau facile, c’est celle où les enfants sont d’âge à se suffire et où l’ouvrier, n’ayant pas encore perdu sa vigueur et son habileté, peut continuer d’exercer son métier cela dure huit ou dix ans, de 45 ou de 48 à 55 ; il peut encore de nouveau épargner le quart, le tiers, parfois plus de ses gains ; 6° la vieillesse qui pour le simple travailleur manuel est souvent précoce, débute à 55 ou 58 ans et se divise elle-même en deux époques, celle où l’ouvrier peut encore se livrer au travail, mais avec moins de succès et en obtenant une rémunération moindre, et celle,