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est le rapporteur, a étudié en détail seize familles chargées d’enfants : il a constaté qu’en moyenne le logement représente la p. 100 de la dépense, le vêtement 16 p. 100, la nourriture 61 p. 100, les dépenses diverses 8 p. 100. Or, le prix du vêtement n’a pas haussé depuis trente ans ; depuis cinquante, il a plutôt baissé. Il en est de même des dépenses diverses indispensables : l’instruction des enfants est devenue partout gratuite, les soins médicaux le sont souvent ou à peu près ; voilà donc 24 p. 100 environ, soit le quart des dépenses qui n’est pas augmenté. Le logement a peut-être doublé de prix, mais il est plus confortable qu’il n’était autrefois.

Quant à la nourriture, qui compose en moyenne 61 p. 100 des dépenses d’un ménage d’ouvriers, il faut en distinguer les éléments divers qui ont été très-inégalement affectés par le mouvement des prix. Le pain entre pour 33 p. 100 et même pour 50 p. 100 dans les dépenses de table de l’ouvrier, suivant qu’il est plus ou moins aisé ; or le pain n’a pas augmenté de prix depuis vingt ans ou depuis cinquante ; il aurait plutôt une tendance à baisser. Ainsi, la moitié des dépenses de l’ouvrier n’a subi aucune hausse. L’autre moitié (la viande, l’épicerie [1], le lait, le vin, le logement) a augmenté de prix, mais elle n’a pas doublé ; elle a peut-être augmenté de 60 ou 70 p. 100, si l’on veut comparer des choses absolument semblables. De cette brève analyse, on peut tirer la conclusion que depuis quarante ou cinquante ans, les dépenses de la vie d’un ménage d’ouvriers peuvent s’être accrues de 25 à 33 p. 100, du quart au tiers. Or, comme depuis quarante ou cinquante ans, la généralité des salaires en France a monté de 80 à 100 p. 100 au moins, on voit que le progrès réel, en tenant compte des variations des prix, reste encore de 40 à 75 p. 100, c’est-à-dire qu’une famille d’ouvriers peut en 1880 se procurer environ moitié plus d’objets utiles ou agréables que ne le pouvait une famille de même catégorie il y a quarante ou cinquante ans.

  1. L’épicerie n’a pas renchéri dans une très-forte proportion, surtout si l’on tient compte du dégrèvement sur les sucres effectué en octobre 1880. Quant au vin, avant le phylloxéra, il tendait à devenir très-bon marché.