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troublée par une agitation ouvrière ayant pour objet de faire élever les salaires. À l’occasion de ce conflit entre les boulangers et leurs ouvriers il a été publié des documents qui montrent avec évidence la hausse rapide des salaires depuis un demi-siècle.

Le 30 octobre 1879, une réunion des ouvriers boulangers, tenue au Cirque-d’Été, décida qu’il serait soumis au syndicat de la boulangerie parisienne des propositions tendant à obtenir : 1° que la journée, qui était de 6 francs fût portée à 7 francs, ce qui, de 42 francs élevait à 49 francs la semaine, à la fin de laquelle il est d’usage de faire la paie ; 2° que le prix des fournées supplémentaires, qui était de 1 franc par ouvrier, fût porté à 1 fr. 50. Les ouvriers motivaient cette demande par l’augmentation des vivres et des loyers, et par les dépenses extraordinaires qu’exige le travail de nuit. Ils réclamaient en outre le maintien de l’usage en vertu duquel le patron doit donner 1 kilogramme de pain et 20 centimes de vin par jour à chaque ouvrier.

La chambre syndicale de la boulangerie se réunit le 6 novembre pour examiner ces réclamations. Le président communiqua un intéressant tableau des augmentations de salaire successivement exigées par les ouvriers :

« 1830. — Les ouvriers sont payés 26 fr. 25 la semaine ou 3 fr. 75 par jour.

« 1840. — Les ouvriers sont payés 28 francs la semaine ou 4 francs par jour ; les fournées supplémentaires, 50 centimes.

« 1848. — Arrêté de M. Caussidière, préfet de police, qui établit le tarif suivant (28 mars 1848) : 31 fr. 50 par semaine ou 4 fr. 50 par jour. Pour 4 fournées à 2 ouvriers comme pour 6 fournées à 3 ouvriers. Les fournées supplémentaires, 60 et 75 centimes, la septième est payée.

« 1849. — Grève causée parce que l’arrêté de M. Caussidière est d’abord abandonné, puis rapporté (M. Carlier, 15 février 1880) les prix de 1847 sont rétablis jusqu’en 1854 environ.

« 1854. — Les ouvriers sont payés 30 francs par semaine, soit 4 fr. 30 par jour (guerre de Crimée) ; la septième fournée n’est pas payée.