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populaire, et l’on peut presque dire, seulement de ceux-là. Tout ce qui est article de luxe, de vrai luxe, à l’usage des classes élevées, a augmenté. De 1826 à 1873 les tissus de soie n’ont pas baissé de prix ; quelques-uns même ont singulièrement haussé les crêpes, par exemple, se sont élevés de 88 fr. en 1826 à 173 en 1873. L’homme élégant qui se fait habiller par un tailleur ne profite en rien de la grande diminution de prix que les magasins de confection offrent à la population peu aisée ; et si ceux-ci parfois vendent à des prix merveilleusement minimes des étoffes qui n’ont guère qu’une apparence de solidité, on ne peut nier qu’ils ne fournissent des marchandises d’un bon usage à des prix beaucoup plus bas qu’autrefois. Les progrès de la mécanique, ce grand agent de la démocratie, ont permis, en outre, à la plus simple ouvrière, de se donner à bon marché des objets jadis de luxe qui autrefois excitaient sa convoitise : c’est ainsi que de 1826 à 1873 le tulle et le gaz sont descendus de 200 francs le kilogramme, l’un à 65 francs, l’autre à moins de 25.

Les objets d’ameublement et de ménage échappent, par leur variété, à des constatations aussi précises, mais la diminution des prix, l’avantage des classes laborieuses, n’y est pas moins sensible.

La satisfaction de tous ces besoins élémentaires, la nourriture, le logement, le vêtement, l’ameublement, ne suffit pas au bien-être et à la dignité d’une société civilisée. Ce qui constitue, en effet, la civilisation, c’est la sécurité et ce sont les loisirs pour les occupations ou les distractions intellectuelles et morales. Le sauvage vit au jour le jour et l’horizon de sa pensée est limité parles plus étroites bornes. Peut-on dire que dans nos sociétés industrielles la situation de l’ouvrier soit sous les rapports que nous venons d’indiquer très-supérieure à celle du sauvage ?

La statistique vient encore ici à notre aide, et notons que sur ce point la statistique est rigoureuse, qu’elle ne fait aucune part à la conjecture. On peut juger de l’amélioration du sort de l’ouvrier au point de vue de la sécurité par le développement de deux institutions essentiellement populaires, les caisses de secours mutuels et les caisses d’épargne. Ce sont là des filles de notre siècle et qui parviennent seulement à l’ado-