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en 1866, tandis qu’on n’en constatait que 1 sur 35 en 1856, mais cette différence nous paraît seulement tenir au nombre croissant des bureaux de bienfaisance et à l’augmentation de leurs ressources. En Norwège, il se rencontrait 1 indigent sur 20 habitants, dans le pays d’Oldenbourg 1 sur 22, dans la Saxe royale, contrée singulièrement industrielle, 1 sur 36. Ainsi dans deux pays agricoles, l’Oldenbourg et la Norwège, le paupérisme était notablement plus intense qu’en Angleterre, en France et surtout en Saxe. Il est vrai que, d’après M. Maurice Block, on compte 1 indigent sur 7 habitants en Belgique, et 1 sur 6,68 dans les Pays-Bas ; nous avons quelques raisons de suspecter l’exactitude de ces derniers chiffres : fussent-ils francs de toute exagération, ils tiendraient surtout à l’énorme population spécifique de ces contrées, et à l’insuffisance de l’émigration.

Que l’on considère le pays de l’Europe occidentale, le plus affligé de paupérisme industriel, si on le rapproche de l’Inde et de la Chine, que l’industrialisme moderne n’a certainement pas gâtées, on se sent moins sévère pour notre civilisation. La misère est infiniment plus grande dans ces vieilles contrées agricoles de l’ancien monde que dans les pays les plus manufacturiers de l’Europe.

Sans traverser les mers et sortir de notre continent, il n’est pas malaisé de rencontrer des contrées purement agricoles où l’indigence est beaucoup plus étendue et plus intense que chez les nations industrielles de l’Europe occidentale ou centrale la Terre de Labour en Italie, les Calabres, presque tout le royaume de Naples.

On décide, en général, dans ces questions d’après des préjugés ; les écrivains et les moralistes se répètent les uns les autres dans leurs lamentations. Le véritable savant ne doit pas s’en tenir à ces idées reçues qui sont souvent des idées fausses. On a calomnié l’Angleterre, en la considérant comme la patrie du paupérisme ; c’est, au contraire, une des contrées de l’Europe où ce fléau est le moins intense. Encore doit-on dire qu’en ce pays la législation entretient l’imprévoyance, et que la mi-