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de 1849 enfin, en 1878, il était tombé à 2.99 p. 100, c’est-à-dire que sur cent habitants il n’y avait pas trois pauvres. Si, au lieu de considérer des années isolées, on observe des périodes décennales, les résultats restent aussi favorables. Dans la période de 1849 à 1858 le nombre moyen d’indigents secourus annuellement a été de 864,800 pour une population moyenne annuelle de 18,480,000 habitants, ce qui représente 4.67 indigents pour cent habitants ; dans la période suivante, celle de 1859 à 1869, le nombre moyen d’indigents assistés annuellement est de 955,710 et la population moyenne s’élève à 20,720,000, ce qui fournit un rapport de 4.61, légèrement plus faible que le rapport précédent ; enfin dans la dernière période décennale, celle de 1869 à 1878, qui fut cependant signalée par une crise commerciale et industrielle intense, le nombre moyen des indigents assistés annuellement n’a atteint que 893,200 pour une population moyenne de 23,440,000, ce qui donne le rapport de 3.81 p. 100 infiniment plus faible que celui des deux décades précédentes.

Que le paupérisme ait diminué dans l’industrielle Angleterre, c’est une vérité absolument certaine. Tandis que, de 1849 à 1859 il y avait près de pauvres pour 100 habitants, il s’en rencontre maintenant moins de 4 si, au lieu de considérer les dix dernières années, on ne tenait compte que des quatre plus récentes, le rapport serait encore beaucoup plus avantageux et tomberait à 3 p. 100. Il n’est pas indifférent de remarquer que plus des trois quarts des pauvres de l’Angleterre reçoivent l’assistance à domicile, par conséquent jouissent de toute leur liberté. L’asile ou workhouse ne contient dans ce pays que 0.68 p. 100 des habitants.

On voit combien la sentimentalité, très-excusable en soi, mais guide d’erreur, a faussé le jugement de beaucoup d’écrivains. Il est inexact que l’industrie engendre fatalement le paupérisme. L’indigence est un fléau dont on a singulièrement grossi l’importance : 3, 4 ou 5 individus pour cent en sont frappés dans les sociétés les plus avancées en civilisation. Qu’est-ce que cette proportion par comparaison à celle des êtres humains qui sont atteints d’infirmités, de maladies incurables